Le 11 mai 2006 – Des expert(e)s et des militant(e)s de tout
le Canada œuvrant dans le domaine de la santé mentale des
femmes, la maladie mentale et la toxicomanie ont chaudement accueilli la
recommandation du Comité sénatorial permanent des affaires
sociales, des sciences et de la technologie, qui préconisait la
création d’un fonds de transition dans le domaine de la santé mentale,
tout en exprimant une profonde inquiétude à l’effet
que le rapport final du Comité portant sur la santé mentale,
la maladie mentale et la toxicomanie au Canada, publié hier, ne
contenait aucune analyse sexospécifique.
Les membres du Groupe de travail ad hoc sur les femmes, la santé mentale,
l’utilisation de substance et la toxicomanie ont noté que le
rapport final du Comité, intitulé De l’ombre à la lumière, ne tient pas compte des rapports sociaux entre les sexes et
du fait que les femmes constituent la majorité des personnes sous traitement
et des pourvoyeurs de soins non rémunérés au Canada. Cet
oubli est plutôt frappant si l’on considère que le Canada
s’est explicitement engagé à réaliser l’équité entre
les sexes et à utiliser un système d’analyse comparative
entre les sexes (ACS) dans l’élaboration de ses politiques et
de ses programmes. L’absence d’ACS est très visible dans
un contexte où il est question de dossiers qui touchent particulièrement
les femmes, comme la prestation de soins ou les problèmes de santé mentale
tels la dépression, les troubles d’anxiété, de stress
post-traumatique, d’alimentation et de démence.
Le Groupe de travail a également souligné que le rapport final
du Comité ne contenait aucune définition de la maladie mentale
et a remarqué avec inquiétude que cette ambiguïté peut
entraîner une invisibilité des problématiques touchant
en majorité des femmes.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), d’ici
2010, la dépression suivra de près la cardiopathie ischémique
comme maladie qui ravage le monde. « Nous ne devons pas aiguiller
les ressources en santé mentale que dans le domaine de la schizophrénie
et des troubles bipolaires et négliger les problèmes de dépression
et les troubles liés aux traumatismes, des affections qui touchent les
femmes de façon disproportionnée », affirme Kathy
Hegadoren de l’Université de l’Alberta. Le rapport final
du Comité ne mentionne pas aussi la question de la violence envers les
filles et les femmes, qui entraîne à long terme des effets importants
et très reconnus sur la santé physique et mentale.
Les membres du groupe ont relevé un autre point inquiétant sur
lequel elles insistent dans leur dossier : les approches de réduction
de méfaits pour traiter l’utilisation de substances et la toxicomanie
chez les femmes ne sont pas présentées dans les recommandations
du rapport final du Comité.
« Les programmes canadiens à l’intention des femmes
enceintes et des mères toxicomanes élaborés selon des
modèles de soins et de principes de réduction de méfaits
axés sur les besoins des femmes sont reconnus à l’échelle
internationale pour leurs apports sur le plan des politiques, programmes et
services pour femmes et enfants. Il existe de plus en plus de preuves à l’effet
que les approches de réduction de méfaits contribuent à l’amélioration
de la santé des femmes aux prises avec la toxicomanie. Il est donc étonnant
que le Comité ait raté l’occasion de se pencher sur la
contribution des approches axées sur les femmes et des approches de
réduction de méfaits et de les intégrer à une stratégie
nationale portant sur la santé mentale et la toxicomanie »,
déclare Amy Salmon, du Centre d’excellence pour la santé des
femmes, région de la Colombie-Britannique.
Les membres du groupe ont exprimé leur enthousiasme face à la
proposition du Comité de créer un fonds de transition dans le
domaine de la santé mentale, mais elles ont aussi souligné les
dangers que comporte l’absence d’une analyse comparative entre
les sexes.
« Bien que nous appuyons la création d’un fonds de
transition dans le domaine de la santé mentale et notamment l’Initiative
d’aide au logement pour la santé mentale et de paniers de services
communautaires, il est essentiel de consacrer une part de ces fonds à des
services pour femmes, dont des initiatives contre la violence, des services
pour femmes toxicomanes, ainsi que des ressources d’hébergement
pour femmes », précise Marina Morrow, de l’Université Simon
Fraser.
Faisant référence à la Commission canadienne sur la santé mentale
proposée par le Comité, Madeline Boscoe, directrice exécutive
du Réseau canadien pour la santé des femmes, a ajouté : « La
création d’un bureau pour la santé mentale des femmes
par la Commission est absolument vitale. Il faut souligner aussi que plus de
la moitié des commissaires sont des femmes. »
Un rapport complet, intitulé « Women,
Mental Health, Mental Illness and Addiction in Canada : An Overview » [Les femmes,
la santé mentale, les maladies mentales et la toxicomanie au Canada :
un survol] a été préparé par le Groupe de travail
ad hoc sur les femmes, la santé mentale, l’utilisation de substances
et la toxicomanie. Le document comprend de nombreuses « notes documentaires » portant
sur un éventail de questions clés et contient des recommandations
qui amèneraient la nouvelle stratégie canadienne sur la santé mentale à répondre
aux besoins des femmes et des filles. Ce document est affiché sur le
site Web du Réseau canadien pour la santé des femmes, au www.rcsf.ca.
« Nous devons nous rappeler que dans la plupart des cultures, les
paniers sont traditionnellement tissés par des femmes et portés
par des femmes. »